Je fais la vaisselle, dans un appartement exigüe, et de surcroit insalubre, à mon gout. Mais c'est "cher moi". L'eau est brulante, surement trop pour la plupart des gens mais pas pour moi. Je lève mes mains à auteur de mes yeux, l'eau savonneuse venant se fracasser contre l'eau de vaisselle jaunâtre. Mes mains, rouges, me rappelle que la douleur, mes mains ne la connaisse pas. Fermant les yeux, laissant tomber ces mains, les miennes, dans l'eau trouble. Et le son, le bruit de ma tête qui frappe contre le mur blanc crépité de la cuisine me revient en mèmoire. La sensation du carrelage froid sur mes jambes à demi nues. La douleur, et les larmes, à terre comme une misérable. Et bien sur, oh oui cette sensation de brulure immonde sur mes mains, mes mains qui protègent mon corps, mon visage mes jambes et surtout mes yeux. Mes yeux qui ne veulent pas voir. Ne pas regarder cette cravache qui s'abat sur mes mains, cette rage dans le regard de ma mère. Et ces cris stridents, les miens, je ne veux pas y croire. Je veux croire que le monde est beau et que je ne suis pas assise par terre, criant contre le mal qui s'abat sur moi coup par coup, je veux y croire.
Bientôt transportée dans les escaliers, pieds et poings tenue par ceux que je considère comme mes bourreaux. Pourquoi? Je me le demande toujours, et je me le demanderais encore, jusqu'à ce qu'on enlève de ce corps rassis qui est le mien le dernier et futile souffle. Le son de mon corps, à moitié mort, la froideur des gestes, la dureté de la matière blanche dans laquelle on m'a déposé. L'eau ne tarde pas à couler sur mon corps blême et fatigué, mais l'eau, mon amie, l'eau froide mon élément me réveille de mon sommeille comateux. Elle me réveille et s'incruste dans chacun des pores de ma peau, dans chacune des brulures infligée par ce que la juge appellera une arme une cravache, pour chevaux. Le cauchemar ne s'arrête pas là non, la faute inconnue que j'ai commise mérite une peine plus lourde. Pour ce faire, l'un d'eux, ou plutôt l'une d'elles, pose sur mon crâne le pomos de douche d'où sort une fontaine d'eaux glacée, pendant que l'autre continue ses coups sur mes jambes trempées. L'eau parcoure mon corps au rythme des coups sur mon être. J'aurais aimé mourir au moment où ma tête a renconté ce mur. Toujours dans la baignoire, toujours silencieuse, mon âme pleure, et moi je cris, de toute mes forces. Mais personne au grand non personne ne viendra, aucuns des voisins qui se plaignaient du bruit que nous fessions mes frères et moi quand nous jouions dans le jardin, aucun n'a entendu mes cris, ma tristesse et mes pleures, ils ont tous fermé les yeux sur se qu'ils redoutaient. Personne n'est venu.